Les Petites-Dalles

(Quelques textes, dates et rŽfŽrences)

Par Franois Feuilloley

Les Invasions Germaniques :

Dans son livre sur Ç Les paysans de la Normandie Orientale - Pays de Caux, Bray, Vexin Normand, VallŽe de la Seine È Jules Sion Žcrit :

Ç Des peuplades germaniques qui franchirent les lignes du Rhin ˆ la fin de l'Empire romain, plusieurs vinrent s'Žtablir dans la Normandie orientale. ... Sans doute, plusieurs colonies germaniques se sont Žtablies dans les anfractuositŽs de la c™te, ˆ Dieppe, aux Petites et aux Grandes Dalles È.

Quant aux coutumes de ces ethnies, l'auteur fait remarquer que Ç leurs cimetires sont toujours ˆ flanc de coteau È et Ç ont surtout ŽtŽ retrouvŽs aux confins du Bray È...

Ç D'autres invasions vinrent par mer.... Du IIIme au VIme sicle les Saxons s'essayrent dans le r™le que devaient jouer les Normands. ...Le littoral normand semble avoir ensuite ŽtŽ colonisŽ par ces nouveaux venus ; malheureusement, l'identitŽ presque complte de leur toponymie et de celle des Normands empche de prŽciser leur part dans le peuplement de cette rŽgion. È.

Textes de rŽfŽrence : des XIIIe, XIVe et XVIe sicles :

Les textes :

Se rŽfŽrant ˆ ces diffŽrents textes A. HELLOT, notaire honoraire, Žcrit dans Ç Les travaux des ports, les marins et la pche au Pays-de-Caux pendant le moyen ‰ge È en premire partie de son ouvrage consacrŽe aux Ports et Hables :

Ç La riche et puissante abbaye de FŽcamp Žtait ou se disait propriŽtaire de Ç tous les portz de mer depuis Estingues prez Estretat jusques ˆ Bergant vers Dieppe c'est-ˆ-dire de tous les lieux d'Žchouage naturel correspondant, non seulement aux vallŽes, mais encore aux nombreux vallons et Ç valleuses È qui, sur cette longue bande du littoral cauchois, aboutissaient ˆ la mer.

Parmi ces ports, - outre FŽcamp qui en est demeurŽ le plus important ˆ toutes les Žpoques, - les principaux Žtaient Yport ˆ Criquebeuf, les Ç Dales et Daletes È (Grandes et Petites Dalles) ˆ Sassetot-le-Mauconduit, Veulettes, St-Valery-s plains et Veules.

A Yport, aux Dalles, ˆ Veules, les moines se contentrent d'obtenir des seigneurs fŽodaux, par rapport ˆ la pche, soit des concessions plus Žtendues, soit des restrictions aux droits que les nobles s'Žtaient arrogŽs peu ˆ peu sur les Ç hommes È de l'abbaye.

Mais, ˆ St-Valery et ˆ Veulettes, les abbŽs de FŽcamp firent plus : ils eurent l'ambition d'Žtablir des hables ou ports intŽrieurs, destinŽs ˆ dŽvelopper l'industrie de la pche et par suite leurs revenus È.

Rapidement quelques observations et questions d'aprs ce texte :

Souvent dans les documents traitant de notre rŽgion l'annŽe 1386 est connue en raison de deux faits marquants : cette annŽe lˆ, un navire anglais ayant fait naufrage sur la c™te ˆ Saint Martin aux Buneaux (sur le site des Petites Dalles ?), l'Žquipage, composŽ de 11 hommes demeura prisonnier de Pierre du Val (ou Pierre Duval, selon les textes), Žcuyer, qui les avait fait prisonniers. Le navire, quant ˆ lui fut probablement adjugŽ ˆ l'abbaye de FŽcamp. La mme annŽe l'abbaye de FŽcamp fut mise en possession de 36 Anglais et de leur navire, naufragŽs devant Veulettes.

Ce qui est moins souvent ŽvoquŽ, c'est le processus et les arguments juridiques avancŽs au cours des diffŽrents procs qui ont conduit les juridictions locales ˆ prendre ces dŽcisions suite aux dŽsaccords exprimŽs par les diffŽrentes parties prenantes : le premier qui avait arrtŽ ces prisonniers, le propriŽtaire du fief o ils avaient ŽtŽ trouvŽs, le Roy, comme ennemis de sa couronne, et en guerre avec lui.

L'Essai historique sur l'Echiquier de Normandie d'Amable-Pierre Floquet datŽ de 1840 dŽtaille avec beaucoup de soins cette notion de droit de Ç varech È, les apprŽciations jurisprudentielles de ce droit et son Žvolution dans le temps.

A l'origine, toutes choses ŽchouŽes sur les c™tes Žtaient appelŽes Ç varech È et appartenaient au seigneur du fief o elles avaient ŽtŽ trouvŽs ˆ quelques exceptions prs (pour les poissons, l'esturgeon Žtait considŽrŽ poisson royal et Žtait presque toujours rŽservŽ au monarque ; pour les marchandises perdues en mer par les vaisseaux naufragŽs, et poussŽes par le flot au rivage appartenaient Žgalement au seigneur du fief o elles Žtaient venues Žchouer, sauf certaines choses expressŽment attribuŽes au roi par le Ç grand Coustumier È comme par exemple : l'or ou l'argent excŽdant 20 livres, les destriers,...., l'ivoire, les pierres prŽcieuses,..., les peaux,....les ballots de draps et de soieries,....). On peut facilement imaginer les diffŽrences d'apprŽciation, les dŽsaccords et plaidoiries engendrŽes par de telles dŽfinitions et les situations que durent trancher les juridictions de l'Žpoque concernant ces questions de Ç varech È qui, ˆ l'origine ne portait que sur des choses.

La nouveautŽ introduite en 1386 du fait de l'Žchouage sur nos c™tes de navires anglais et de leurs Žquipages provient du fait que, cette fois, il ne s'agissait pas uniquement de choses mais pour la premire fois d'tres humains faits prisonniers. Devaient ils tre considŽrŽs comme ennemis, et remis au Roy en tant qu'ennemis de sa MajestŽ ou devaient ils tre assimilŽs au Ç varech È et suivre la rgle gŽnŽrale ŽdictŽe prŽcŽdemment. La juridiction normande trancha et considŽra Ç les Anglais ŽchouŽs sur nos c™tes rŽputŽs varech È.

(Au plan juridique il s'agit lˆ d'un bref rŽsumŽ pour aller ˆ l'essentiel sachant que l'ensemble des arguments dŽveloppŽs au cours des procs en question Žtaient plus nombreux et plus Ç tortueux È : pour plus de dŽtail on pourra se reporter ˆ l'Essai historique de A-P. Floquet).

Quant au pourquoi de ces affrontements juridiques concernant les anglais ŽchouŽs sur nos c™tes, il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine guerre dite de 100 ans (qui dura en rŽalitŽ 116 ans de 1337 sous Philippe VI de Valois jusqu'en 1453 sous Charles VII) et que le prisonnier anglais avait une valeur marchande : c'Žtait une demande de ranon potentielle ˆ monnayer.....

1728 : Inspection des Ports par le Commissaire Franois Sicard : Ç MEMOIRE SUR SAINT-VALERY-EN-CAUX (1728) È :

En terme de prŽsentation, le mŽmoire en question mentionne les Petites Dalles sous la rubrique : Ç Saint Martin aux Buneaux et les Petites Dalles È alors que la rubrique Sassetot regroupe Ç Sassetot et partie des Grandes Dalles È Žtant prŽcisŽ que la rue principale des Grandes Dalles constitue la limite de l'AmirautŽ de St Vallery en Caux du costŽ du Nord Est.

Le texte consacrŽ ˆ Saint Martin aux Buneaux et aux Petites Dalles apporte les prŽcisions suivantes :

Ç St Martin aux Buneaux est une paroisse situŽe sur les costes ˆ un quart de lieue de la mer et ˆ trois lieues et demy de St Vallery du mme costŽ.

Les Petites Dalles sont dans un fond entre deux costŽs qui descendent ˆ la mer, ˆ l'endroit o les matelots pescheurs mettent leurs bateaux. Presque tous ces matelots font leur rŽsidence dans ce fond.

Il y a 9 bateaux pescheurs de 6 tonneaux, 6 desquels servent ˆ la pesche ˆ la corde dŽliŽe, et de 3 autres ˆ la pesche au plomb.

Les ma”tres et les matelots pescheurs vont aussy ˆ Dieppe, ˆ St Vallery et ˆ FŽcamp o ils s'embarquent avec leurs filets pour les pesches du hareng ˆ Jermuth et du maquereau sallŽ ˆ l'Isle de Bas.

Il y a 17 pescheurs riverains, la plupart matelots qui se servent de bretelires, verveux et caudrettes È.

Ce mŽmoire a ŽtŽ Ç Fait au H‰vre de Gr‰ce, le 29 novembre 1729 È et est signŽ Ç Sicard È.

Commentaire : ˆ la fin du XIXme voire au XXme sicles, certains ŽlŽments de ce descriptif sont toujours d'actualitŽ.

1749 : Ç MEMOIRE SUR L'ETAT PRESENT DES PORTS ET COTES DE LA HAUTE ET BASSE NORMANDIE È (Avec l'Žtat des ouvrages qu'il convient d'y faire pour la deffense et la suretŽ du commerce È :

Ouvrage rŽdigŽ par M. Gourdon de LŽglisiere Lieutenant gŽnŽral des armŽes du Roy, Directeur des Fortifications de Normandie en 1749 qui Žcrit (reprise du texte publiŽ dans le bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites Dalles de l'annŽe 2000 p. 25 et 27) :

Ç Vallon des petittes ( ?) Dalles

A un quart de lieue du signal de S. martin on descend dans le vallon des petites Dalles qui a quarante cinq toises de largeur, dans le milieu est un chemin creux praticables ( ?) aux voitures qui communique a la mer, il a quinze pieds de profondeur et dix de largeur.

La mer forme devant ce vallon une petite anse qui peut servir de refuge pour les cabotiers et pecheurs qui sont en nombre a ces rivages depuis st vallery jusqu'au havre, il y a un mouillage dit on ˆ une demie portŽe de canon par trente pieds d'eau a mer basse.

On a bordŽ le rivage de retranchements qui Žtaient absolument nŽcessaires pour dŽffendre une greve assez spacieuse ou l'on peut aborder a deux heures de flot, d'ou il serait trs facile de pŽnŽtrer dans le vallon. De mer haute les navires peuvent approcher a la portŽe du fusil de terre parce qu'il y monte de vingt ˆ vingt deux pieds d'eau dans les vives eaux ordinaires.

Il a ŽtŽ fait une batterie pour la protection de ce mouillage , il n'y a point de canon il y faudrait deux pieces de vingt quatre ; mais il faudrait la placer derrire le corps de garde, parce qu'elle batterait sur l'entrŽe et sur le mouillage du vallon des grandes Dalles qui n'en est qu'a cinq cent toises par dessous la falaise, et a une demie lieue par dessus. È

1762 : Ç MEMOIRE GENERAL DES COTES MARITIMES DE LA NORMANDIE È :

Ouvrage rŽdigŽ par Mr le chevalier de Bonneval, IngŽnieur en chef ˆ Grandville (reprise du texte publiŽ dans le bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites Dalles de l'annŽe 2000 p. 29) :

Ç Les petittes ( ?) Dalles

A une lieue et demy de veulette sont les petittes dalles dont l'anse a trois cent toises de largeur, mais inaccessible du c™tŽ de la mer attendu les roches ; il y a un corps de garde de maconnerie qui est en bon Žtat È

1866 : Les donnŽes du recensement :

L'avertissement figurant en tte de la Ç GEOGRAPHIE du dŽpartement de la SEINE-INFERIEURE - Arrondissement d'Yvetot È, ouvrage posthume de l'abbŽ Bunel continuŽ et publiŽ par l'abbŽ Tougard en 1876, mentionne qu'en ce qui concerne les hameaux ont ŽtŽ repris les tableaux du recensement de 1866 (alors que pour les communes la population est celle du recensement de 1872).

Pour la commune de Saint-Martin-aux-Buneaux 1.477 habitants deux paragraphes sont consacrŽs au hameau des Petites Dalles :

Ç Les Petites-Dalles, hameau dont la partie la plus considŽrable dŽpend de S.-Martin-aux-Buneaux (le reste est sur Sassetot-le-Mauconduit, canton de Valmont) a donnŽ des dŽbris de vases gaulois et romains. Un cimetire franc, explorŽ en 1864 par M. l'abbŽ Cochet, a laissŽ voir quinze sŽpultures, avec des vases, des armes et autres objets, notamment un Žperon en bronze.

Ce hameau possde une jolie plage de sable, abritŽe par la nature. On y a construit un h™tel de bains assez frŽquentŽ surtout par les familles paisibles et qui aiment le calme et la simplicitŽ. Il est, dit M. Joanne "agrŽablement situŽ au dŽbouchŽ d'un vallon toujours vert, plantŽ d'arbres, couvert de jardins, protŽgŽ par son peu de largeur contre l'irruption des vents. On peut y faire de charmantes promenades.È.

Ce hameau comporte, sur le territoire de la commune de Saint Martin aux Buneaux : 219 habitants.

Dans le mme livre, ˆ la commune de Sassetot-le-Mauconduit (1.582 habitants),sont simplement mentionnŽs au titre des activitŽs les Bains de mer aux Petites Dalles avec un renvoi vers l'article sur Saint Martin aux Buneaux. Les Petites Dalles figurent toutefois dans la liste des hameaux avec une population de 110 habitants pour la part du territoire relevant de la commune de Sassetot-le-Mauconduit.

Globalement, en 1866, la population des Petites Dalles est donc de 329 habitants.